Accéder au contenu principal

Diplomatie numérique : qui raconte le Burkina Faso sur Internet ?

Le 24 juillet 2026, au siège de l’INHEI à Loumbila, le Dr Cyriaque Paré a posé une question essentielle : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ? rapporte lefaso.net Derrière cette interrogation sur la diplomatie numérique se dessine un enjeu plus large : celui de la capacité des citoyens, des médias et des organisations burkinabè à produire des contenus locaux et à maîtriser les codes du Web. L’histoire de la présence du Burkina Faso sur Internet à travers le cas de lefaso.net permet de comprendre les enjeux actuels de la diplomatie numérique. Lors de son intervention consacrée à « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », le Dr Cyriaque Paré est revenu sur la genèse de Lefaso.net. Créé en 2003, le média numérique répondait notamment à un besoin d’information de la diaspora burkinabè. À l’époque, le Burk...

Acceptation universelle et souveraineté numérique : le Burkina Faso plaide pour un Internet inclusif en langues locales



« Acceptation universelle et souveraineté numérique » est la réflexion qui a réuni des experts de la cybersécurité ainsi que des professionnels de l’information et de la communication à la troisième édition de la Journée de l’Acceptation Universelle, le vendredi 22 mai 2026, à l’hôtel Pacifique. Cette journée est organisée par EcoDev en collaboration avec Alliance Burkinabè des Domaines Internet.

L’acceptation universelle se définit comme l’engagement à prendre en compte les langues vernaculaires pour garantir un accès à un Internet inclusif pour tous. Cette journée a pour objectif de sensibiliser sur l’importance de l’acceptation universelle et de présenter les acquis enregistrés.

Un Internet qui s’adapte aux internautes

Ismaël Ouédraogo, directeur général de EcoDev soutient la prise en compte des langues nationales dans l’accès à Internet. Grâce à l’acceptation universelle, ce n’est plus l’internaute qui s’adapte pour exister sur Internet, mais Internet qui s’adapte pour accueillir l’internaute. Il précise : « Internet occupe une place de plus en plus importante dans nos sociétés. Il devient essentiel de s’assurer que nos langues, nos identités numériques et nos contenus locaux soient pleinement pris en compte dans les systèmes numériques de demain. C’est pourquoi cette 3e édition accorde une place importante aux ateliers techniques et pratiques avec un objectif clair : accompagner les acteurs de notre système numérique à mettre à niveau leurs systèmes d’information afin que l’Internet inclusif ne soit plus simplement un concept, mais une réalité. Nous encourageons les ingénieurs, les experts du secteur privé et public ainsi que les acteurs du milieu académique à intégrer les principes de l’acceptation universelle dans leurs plateformes et applications. Grâce à l’acceptation universelle, ce n’est plus l’internaute qui s’adapte pour exister sur Internet, mais Internet qui s’adapte pour accueillir l’internaute. »
A lire aussi : Souveraineté numérique : comment le Burkina Faso peut maîtriser l’IA ?

Ismaël Ouédraogo, directeur général de EcoDev

Le .bf comme levier de souveraineté numérique

Parallèlement, Isaïe Toé, dans sa présentation, assure que l’ABDI porte une attention particulière à la valorisation des langues nationales, des contenus locaux, de l’hébergement local et de l’identité numérique. « L’ABDI œuvre depuis plusieurs années à la promotion de l’Internet au Burkina Faso. À travers ses missions, elle contribue à bâtir un Internet plus inclusif, plus accessible et davantage adapté aux réalités nationales autour de plusieurs priorités stratégiques : la gestion et la promotion du domaine national .bf, véritable levier d’identité et de souveraineté numérique, ainsi que la promotion d’un Internet sécurisé, inclusif et accessible à tous. » Une attention particulière est portée à la valorisation des langues nationales, des contenus locaux, de l’hébergement local et de l’identité numérique. À l’ère des réseaux sociaux, l’expert estime qu’une identité numérique solide ne repose pas uniquement sur les plateformes sociales, mais également sur la maîtrise de ses outils, de ses contenus et de sa présence en ligne.

Isaïe Toé, Secrétaire Exécutif de l'ABDI 

Réseaux sociaux : des outils complémentaires, mais insuffisants

Dans le cadre des politiques de souveraineté numérique en cours, Isaïe Toé estime que le domaine « .bf » constitue un véritable levier de promotion de l’identité nationale dans l’espace numérique. Il favorise la maîtrise des données locales ainsi que leur pérennité. Il prévient que si les réseaux sociaux sont utiles pour la visibilité et l’interaction, ils ne peuvent constituer le socle d’une stratégie numérique durable. Une présence uniquement fondée sur ces plateformes expose à une dépendance vis-à-vis de règles et d’algorithmes que l’on ne maîtrise pas. À l’inverse, un site web professionnel associé à un nom de domaine propre, notamment en « .bf », ainsi qu’à une messagerie professionnelle personnalisée, constitue un véritable choix stratégique au service de la souveraineté numérique. Le site web demeure la vitrine principale, garantissant crédibilité, maîtrise des contenus et pérennité de l’identité numérique, tandis que les réseaux sociaux jouent un rôle complémentaire.

L’acceptation universelle au service des langues locales

Internet a été développé principalement autour des caractères ASCII, limitant ainsi la prise en compte de nombreuses langues et écritures à travers le monde. L’Acceptation Universelle apporte une réponse concrète à cette réalité. Elle garantit que tous les noms de domaine et toutes les adresses électroniques, quelle que soit leur langue, leur écriture ou leur longueur, puissent être correctement acceptés, validés, stockés, traités et affichés par les systèmes numériques. Selon l’expert, il est difficile de parler d’inclusion lorsque certaines langues demeurent invisibles dans l’univers numérique. Il est tout aussi difficile de parler de souveraineté numérique lorsque les populations ne peuvent utiliser pleinement leur langue dans les outils numériques qu’elles utilisent au quotidien.

Représentante de la ministre de la Transition digitale et des Postes Electroniques

Une question d’identité culturelle et de développement

La souveraineté numérique signifie également que chaque citoyen puisse exister pleinement dans l’espace numérique à travers sa langue, sa culture et son identité. Pour un pays comme le Burkina Faso, riche de plus de 60 langues nationales, cette question dépasse largement le cadre technologique. Elle touche à l’identité culturelle, à l’inclusion numérique et à la vision du développement du pays, conclut l’expert.

En rappel, l'Alliance Burkinabé des Domaines Internet ABDI est l' Operateur du domaine .bf qui s'occupe de la Gouvernance de l'Internt au Burkina Faso et Eco Dev est l'organisation en charge de la vente des hébergements et des noms de domaine en point bf

Marc Kévin BADO 
Spécialiste des plateformes 
numériques de communication

Commentaires

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Diplomatie numérique : qui raconte le Burkina Faso sur Internet ?

Le 24 juillet 2026, au siège de l’INHEI à Loumbila, le Dr Cyriaque Paré a posé une question essentielle : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ? rapporte lefaso.net Derrière cette interrogation sur la diplomatie numérique se dessine un enjeu plus large : celui de la capacité des citoyens, des médias et des organisations burkinabè à produire des contenus locaux et à maîtriser les codes du Web. L’histoire de la présence du Burkina Faso sur Internet à travers le cas de lefaso.net permet de comprendre les enjeux actuels de la diplomatie numérique. Lors de son intervention consacrée à « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », le Dr Cyriaque Paré est revenu sur la genèse de Lefaso.net. Créé en 2003, le média numérique répondait notamment à un besoin d’information de la diaspora burkinabè. À l’époque, le Burk...

SEO local : comment créer une fiche d'établissement Google pour rendre votre entreprise visible

Aujourd'hui, la majorité des consommateurs effectuent une recherche sur Internet avant de se rendre dans une boutique physique. Être présent sur les moteurs de recherche n'est donc plus une option, mais une nécessité pour toute entreprise, organisation ou commerce souhaitant développer sa visibilité. Le référencement local, ou SEO local, constitue l'un des moyens les plus efficaces pour apparaître dans les résultats de recherche lorsqu'un internaute recherche un produit ou un service à proximité. Découvrez son fonctionnement et comment créer votre fiche d'établissement Google. Qu'est-ce que le référencement local ? Le référencement local regroupe l'ensemble des techniques qui permettent à une entreprise d'être visible sur les moteurs de recherche auprès des internautes situés dans une zone géographique donnée. L'un des principaux outils du référencement local est la fiche d'établissement Google. Elle permet de géolocaliser votre boutique, votre e...

Identification unique électronique au Burkina Faso :une vaste campagne bientôt lancée

Le gouvernement burkinabè a adopté, jeudi 30 juillet 2026 en Conseil des ministres, un décret portant organisation d'une vaste campagne nationale d'identification unique électronique des personnes physiques. L'annonce a été faite par la ministre de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Aminata Zerbo/Sabané. Cette décision constitue une étape importante dans la mise en œuvre du Système d'identification unique électronique de la personne physique, un projet stratégique destiné à moderniser l'identification des citoyens et à renforcer la transformation numérique de l'administration. Selon la ministre Aminata Zerbo/Sabané, le Système d'identification unique électronique permettra à chaque Burkinabè d'être identifié de manière fiable et unique.  « Ce système que nous attendons est maintenant presque finalisé. Cela nous permet d'engager les actions qui conduiront à son opérationnalisation.  Parmi ces actions figure l'e...

De l’ordinateur central à l’Intelligence Artificielle : Le Dr Joachim Tankoano, témoin et acteur de la révolution numérique au Burkina

Le monde change, et avec lui, notre façon de communiquer, de travailler et de vivre. Au cœur de cette métamorphose se trouve la transition numérique. Pour comprendre où nous allons, il est essentiel de savoir d'où nous venons. Au Burkina Faso, cette aventure technologique n'est pas un simple hasard, mais le fruit d'une vision portée par des pionniers, à l'instar du Docteur Joachim Tankoano, dont le parcours a récemment été célébré pour son impact indélébile sur la souveraineté numérique du Burkina Faso.  Dans cet article, nous explorons les trois (et bientôt quatre) grandes phases qui ont jalonné l'histoire de l'informatique et de l'internet burkinabè à partir de son témoignage. L’ère du CENATRIN : Quand l’informatique était une ressource rare (1970 - 1980) La première phase de la transition numérique au Burkina Faso, s'étendant de 1970 à 1980, est ce que les experts appellent l'ère du Mainframe ou des gros ordinateurs centraux. À cette époque, l...

Digitalisation de la santé au Burkina Faso : l'Écosystème Digital Minimal (EDM) améliore la performance du système sanitaire

Comment améliorer la performance du système sanitaire burkinabè grâce à la digitalisation des offres ? Le ministère de la Santé a présenté, le mercredi 22 juillet 2026, les résultats de l'évaluation globale de l'Écosystème digital minimal (EDM) lors d'un atelier de restitution. Menée par l'Association Recherche pour la Santé et le Développement (RESADE), cette étude a porté sur quatre districts sanitaires. Les conclusions mettent en évidence une adoption croissante des outils numériques par les professionnels de santé, selon les informations rapportées par Lefaso.net.   Un outil de pilotage au service de la performance sanitaire  L'Écosystème digital minimal a été conçu comme un véritable outil d'aide à la décision pour le système de santé. « L'EDM est pensé comme un instrument de pilotage qui nous éclaire en continu sur ce qui fonctionne, ce qui résiste et ce qui doit être amélioré », a souligné Vincent Batiéné. Cette approche vise à renforcer le suivi de...

Vidéo-verbalisation au Burkina Faso : quatre infractions sanctionnées dès le 1er août 2026

À compter du 1er août 2026, la vidéo-verbalisation entre officiellement en vigueur au Burkina Faso. Cette mesure, annoncée par le ministère de la Sécurité, vise à renforcer la discipline routière en sanctionnant automatiquement certaines infractions grâce à un système de surveillance.  Quatre infractions concernées par la vidéo-verbalisation Dans un communiqué en date du 10 juillet 2026, le ministre de la Sécurité informe de l’entrée en vigueur de la vidéo-verbalisation portant sur quatre types d’infractions à partir du 1er août 2026. Il s’agit du non-respect des feux tricolores, du non-port de la ceinture de sécurité, de l’usage manuel du téléphone portable au volant ainsi que de l’excès de vitesse.  Une notification par SMS en cas d’infraction  En cas d’infraction, la personne concernée reçoit une notification par SMS l’invitant à procéder au paiement de la contravention sur Faso Arzêka dans un délai d’un mois, sous peine d’immobilisation de l’engin. Un dispositif pour...

Quels usages de l'Intelligence Artificielle par les journalistes et les communicants ?

Quels sont les atouts de l'Intelligence Artificielle pour les journalistes et les communicants ? C'est sur ce thème que c'est tenu la masterclass présentée par Younoussa Sanfo, expert en Cybersécurité à L'ISCOM.  Jeudi 13 février 2025, communicateurs, journalistes et étudiants ont pris part à ce partage d'expérience. Le métier de journaliste ne va pas disparaître, l'intelligence artificielle est un allié pour le journaliste. Utiliser comme assistant, il permet de gagner en efficacité et en productivité, déclare l'expert. Il existe plusieurs types d'intelligence artificielle en fonction de la tâche à réaliser. Toutefois, il faut choisir un type d’IA pour approfondir ses connaissances surl'outil. L'IA faible, un type, l'IA générale ou forte, la Super IA et enfin l'IA réactive À lire aussi : Nouvelles technologies: L'intelligence artificielle, un secteur encore embryonnaire au Burkina Faso Younoussa Sanfo, expert en cybersécurité et en i...