Le 24 juillet 2026, au siège de l’INHEI à Loumbila, le Dr Cyriaque Paré a posé une question essentielle : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ? rapporte lefaso.net Derrière cette interrogation sur la diplomatie numérique se dessine un enjeu plus large : celui de la capacité des citoyens, des médias et des organisations burkinabè à produire des contenus locaux et à maîtriser les codes du Web. L’histoire de la présence du Burkina Faso sur Internet à travers le cas de lefaso.net permet de comprendre les enjeux actuels de la diplomatie numérique. Lors de son intervention consacrée à « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », le Dr Cyriaque Paré est revenu sur la genèse de Lefaso.net. Créé en 2003, le média numérique répondait notamment à un besoin d’information de la diaspora burkinabè. À l’époque, le Burk...
De l’ordinateur central à l’Intelligence Artificielle : Le Dr Joachim Tankoano, témoin et acteur de la révolution numérique au Burkina
Le monde change, et avec lui, notre façon de communiquer, de travailler et de vivre. Au cœur de cette métamorphose se trouve la transition numérique. Pour comprendre où nous allons, il est essentiel de savoir d'où nous venons. Au Burkina Faso, cette aventure technologique n'est pas un simple hasard, mais le fruit d'une vision portée par des pionniers, à l'instar du Docteur Joachim Tankoano, dont le parcours a récemment été célébré pour son impact indélébile sur la souveraineté numérique du Burkina Faso. Dans cet article, nous explorons les trois (et bientôt quatre) grandes phases qui ont jalonné l'histoire de l'informatique et de l'internet burkinabè à partir de son témoignage.
L’ère du CENATRIN : Quand l’informatique était une ressource rare (1970 - 1980)
La première phase de la transition numérique au Burkina Faso, s'étendant de 1970 à 1980, est ce que les experts appellent l'ère du Mainframe ou des gros ordinateurs centraux. À cette époque, l'informatique était un luxe réservé à une élite technique.
Une stratégie de partage
La stratégie nationale reposait alors sur deux piliers : le partage de ressources matérielles extrêmement coûteuses et la gestion de ressources humaines très rares. Le CENATRIN (Centre National de Traitement de l'Information) était l'outil central de cette politique.
Le "traitement à façon"
Le fonctionnement était bien loin de l'instantanéité actuelle. On utilisait le "traitement à façon" : les données (par exemple, les transactions bancaires de la journée) étaient collectées, saisies par des opératrices, traitées par le gros ordinateur, puis retournées sous forme de longs listings papier le lendemain matin. « Les ordinateurs étaient tellement gros qu’ils remplissaient des salles entières, mais ils avaient à peine la puissance d’un PC domestique actuel. »
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2. Les années 90 : L’arrivée du PC et les premiers pas sur le Web
Le début des années 1990 marque un tournant majeur avec l'avènement des micro et mini-ordinateurs. L'outil informatique quitte les salles blanches pour se rapprocher de l'utilisateur final.
La décentralisation de l'outil
L'objectif change : il s'agit désormais de réduire les délais et de permettre le traitement des opérations en temps réel. C'est durant cette période que le cadre institutionnel se renforce avec la création de la Délégation Générale à l'Informatique (DGI) et du Conseil Supérieur de l'Informatique.
La naissance du point Bf
1993 est une année historique : c'est la création du domaine .bf
Dix ans plus tard, en 2003, l'exploitation commerciale de la connexion internationale Internet débute avec un débit qui nous semblerait aujourd'hui dérisoire : 64 kilobits par seconde. C'est aussi l'époque des cybercafés, qui se multiplient pour offrir un accès public au web.
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L’ère des autoroutes de l'information : L’hyper-connectivité (Années 2000 - Aujourd'hui)
La troisième phase est celle que nous vivons encore en partie : l'ère de l'hyper-connectivité et des infrastructures à haut débit
La fibre optique et le mobile
Portée par une volonté politique forte, cette phase a vu le déploiement massif de la fibre optique (plus de 11 000 km en 2024) et l'explosion du mobile. Le nombre d'abonnés est passé de quelques milliers en 2003 à plus de 27 millions en 2024, soit un taux de pénétration impressionnant de 117 %
La dématérialisation des services
Aujourd'hui, l'administration se digitalise. Avec plus de 85 procédures dématérialisées et un portail de e-services, les citoyens peuvent désormais effectuer de nombreuses démarches en ligne, du paiement de factures aux opérations bancaires mobiles
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Vers la quatrième phase : IA, IoT et nouveaux défis
Nous sommes désormais au seuil d'une quatrième révolution, portée par l'intelligence artificielle (IA), l'internet des objets (IoT) et l'automatisation des tâches cognitives.
Les promesses de l'IA
L'IA promet des assistants technologiques capables d'exécuter des tâches complexes de façon autonome dans des secteurs comme la santé ou l'agriculture. Cependant, cette évolution apporte son lot de défis :
- La souveraineté numérique : La perte de contrôle des États face aux géants de l'internet.
- La cybersécurité : Une vulnérabilité accrue des infrastructures vitales.
- L'éthique : Les biais des algorithmes et la protection des données personnelles.
« La transition numérique n’est pas un phénomène technologique. C’est un projet de société. »
Un défi humain avant tout
L'histoire de l'internet au Burkina Faso nous montre que la technologie n'est qu'un outil. Le véritable moteur du progrès réside dans les compétences humaines et la capacité d'anticipation des dirigeants. Comme l'a souligné le Docteur Tankoano, il est crucial d'éduquer les jeunes générations dès le primaire pour qu'elles comprennent et maîtrisent ce monde numérique. La transition numérique est une onde qui se propage. Sa réussite dépendra de notre capacité à réduire la fracture numérique pour que personne ne soit laissé au bord de la route de l'information.
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Marc Kévin BADO
Spécialiste des plateformes
numériques de communication

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