Le 24 juillet 2026, au siège de l’INHEI à Loumbila, le Dr Cyriaque Paré a posé une question essentielle : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ? rapporte lefaso.net Derrière cette interrogation sur la diplomatie numérique se dessine un enjeu plus large : celui de la capacité des citoyens, des médias et des organisations burkinabè à produire des contenus locaux et à maîtriser les codes du Web. L’histoire de la présence du Burkina Faso sur Internet à travers le cas de lefaso.net permet de comprendre les enjeux actuels de la diplomatie numérique. Lors de son intervention consacrée à « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », le Dr Cyriaque Paré est revenu sur la genèse de Lefaso.net. Créé en 2003, le média numérique répondait notamment à un besoin d’information de la diaspora burkinabè. À l’époque, le Burk...
Le 24 juillet 2026, au siège de l’INHEI à Loumbila, le Dr Cyriaque Paré a posé une question essentielle : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ? rapporte lefaso.net Derrière cette interrogation sur la diplomatie numérique se dessine un enjeu plus large : celui de la capacité des citoyens, des médias et des organisations burkinabè à produire des contenus locaux et à maîtriser les codes du Web.
L’histoire de la présence du Burkina Faso sur Internet à travers le cas de lefaso.net permet de comprendre les enjeux actuels de la diplomatie numérique. Lors de son intervention consacrée à « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », le Dr Cyriaque Paré est revenu sur la genèse de Lefaso.net.
Créé en 2003, le média numérique répondait notamment à un besoin d’information de la diaspora burkinabè. À l’époque, le Burkina Faso pouvait être perçu depuis l’extérieur à travers des récits produits par d’autres. L’enjeu était donc déjà de rendre accessible une information produite depuis le Burkina et de permettre aux Burkinabè de mieux suivre l’actualité de leur pays.
Plus de vingt ans plus tard, le contexte technologique a profondément changé. Les médias en ligne, les réseaux sociaux, les blogs, les plateformes vidéo et les outils de création de contenu ont considérablement démocratisé la production d’information. Mais une question demeure : qui raconte aujourd’hui le Burkina Faso sur Internet ?
La question n’est plus seulement celle de l’accès à l’information. Elle concerne désormais la capacité à produire, documenter et diffuser son propre récit.
Internet a démocratisé la production de contenus
La transformation majeure apportée par le numérique réside dans le passage d'un système où la production d'information était concentrée entre les mains de quelques médias à un environnement dans lequel presque tout utilisateur peut devenir producteur de contenu.
Un smartphone suffit désormais pour photographier un événement, filmer une activité, enregistrer un témoignage, publier une vidéo ou raconter une expérience. Cette évolution change profondément le rapport à l'information. Le citoyen n'est plus uniquement un récepteur. Il peut devenir :
- producteur de contenus ;
- témoin d'un événement ;
- créateur numérique ;
- diffuseur d'information ;
- commentateur ;
- archiviste de son époque.
Cette démocratisation représente une formidable opportunité pour le Burkina Faso. Un artisan peut présenter son savoir-faire. Un chercheur peut vulgariser ses travaux. Un entrepreneur peut raconter son parcours. Un étudiant peut partager son expérience. Un artiste peut valoriser son univers culturel. Une communauté locale peut documenter son patrimoine. Chacun peut ainsi contribuer, à son échelle, à rendre visible une partie de la réalité burkinabè. Mais être capable de publier ne signifie pas nécessairement savoir communiquer.
La diplomatie numérique ne se joue pas uniquement dans les ambassades
La diplomatie numérique est souvent associée aux institutions publiques, aux ministères, aux ambassades ou aux comptes officiels des gouvernements.
Cette dimension institutionnelle est évidemment importante. Les États utilisent aujourd'hui les plateformes numériques pour communiquer, influencer, dialoguer avec leurs publics et construire leur image internationale. Cependant, réduire la diplomatie numérique à cette dimension serait insuffisant.
L'image d'un pays sur Internet est également constituée par une multitude de contenus produits par ses citoyens. Une vidéo montrant une initiative entrepreneuriale au Burkina Faso. Un reportage consacré à une innovation locale. Un article sur le patrimoine culturel. Un podcast donnant la parole à un chercheur. Une photographie d'un territoire. Un témoignage d'un professionnel. Tous ces contenus participent à la construction d'une représentation du pays.
La diplomatie numérique devient alors aussi une question de souveraineté narrative. Il ne s'agit pas seulement de demander comment le Burkina Faso est représenté par les autres. Il faut également se demander dans quelle mesure les Burkinabè disposent des compétences et des espaces nécessaires pour raconter eux-mêmes leur pays.
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Le récit national se construit aussi dans les contenus ordinaires
La production d'un récit national ne relève pas exclusivement des grands discours politiques ou des campagnes institutionnelles. Elle se construit également dans les contenus ordinaires. Un créateur qui présente une tradition culturelle contribue à la faire connaître. Un journaliste qui enquête sur une réalité locale produit une trace documentaire. Un entrepreneur qui explique son activité montre une autre facette de l'économie nationale. Un enseignant qui partage ses connaissances participe à la circulation des savoirs.
Le Web devient ainsi un immense espace de documentation. Cette dimension mérite d'être prise au sérieux. Ce que les Burkinabè publient aujourd'hui peut devenir une partie des archives numériques du Burkina Faso de demain. La question de la production de contenus n'est donc pas uniquement une question de visibilité ou de communication. Elle touche également à la mémoire collective.
Le véritable défi : passer de l'accès au numérique à sa maîtrise
Le Burkina Faso peut disposer d'une population connectée sans disposer nécessairement d'une population pleinement formée aux usages du numérique. C'est l'une des questions essentielles qui ressort de cette réflexion. Avoir un smartphone, utiliser WhatsApp, consulter TikTok ou posséder un compte Facebook ne signifie pas automatiquement maîtriser le numérique. Il existe une différence entre utiliser un outil et comprendre son fonctionnement, ses possibilités et ses limites.
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Le Web possède ses propres codes.
Les plateformes disposent de fonctionnalités, de règles, de politiques, de guides d'utilisation et de mécanismes de recommandation. Elles imposent également des formats et des logiques éditoriales spécifiques. Comprendre ces mécanismes est devenu une compétence à part entière. C'est pourquoi l'enjeu de la culture numérique ne devrait pas être limité à la capacité technique à utiliser un outil. Il doit également intégrer la compréhension de son environnement.
Lire avant de publier : une compétence numérique sous-estimée
Dans les formations consacrées aux usages numériques, une faiblesse revient régulièrement : les utilisateurs veulent souvent apprendre à utiliser immédiatement un outil sans prendre le temps de comprendre son fonctionnement. Or, la première compétence numérique pourrait bien être la lecture.
Lire les instructions. Lire les guides. Lire les conditions d'utilisation. Lire les paramètres. Lire les recommandations des plateformes. Mais surtout, apprendre à lire entre les lignes.
Pourquoi cette fonctionnalité existe-t-elle ? Quel usage permet-elle ? Quelles données nécessite-t-elle ? Quel type de contenu favorise-t-elle ? Quelle logique économique se trouve derrière la plateforme ?
Cette démarche transforme l'utilisateur. Il ne se contente plus de consommer un outil. Il commence à comprendre son environnement numérique.
Cette capacité de compréhension est fondamentale dans une société où les plateformes occupent une place croissante dans l'accès à l'information, la communication et la visibilité.
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Lire, comprendre, pratiquer, partager
La culture numérique ne peut toutefois pas s'arrêter à la compréhension. Après la lecture vient la pratique. Il faut essayer, expérimenter, produire, se tromper, corriger et recommencer. On pourrait résumer cette démarche en quatre verbes : Lire. Comprendre. Pratiquer. Partager.
Lire permet d'acquérir l'information. Comprendre permet de donner du sens à cette information. Pratiquer permet de transformer le savoir en compétence. Partager permet enfin de transmettre cette compétence et de contribuer à la construction collective des connaissances.
Cette logique dépasse largement le cadre de la diplomatie numérique. Elle participe à la construction d'une véritable culture du numérique.
Combien de Burkinabè documentent réellement leur expérience ?
Cette question peut sembler anodine. Elle ne l'est pourtant pas. Combien de professionnels prennent le temps de documenter leur métier ? Combien d'entrepreneurs racontent les réalités de leur secteur ? Combien de chercheurs vulgarisent leurs travaux en ligne ? Combien de citoyens racontent leur territoire, leur histoire ou leur expérience ?
Le problème n'est pas nécessairement l'absence d'expériences. Le Burkina Faso regorge de connaissances, d'initiatives, de parcours, de savoir-faire et d'histoires. Le défi consiste davantage à les transformer en contenus accessibles et durables. Il existe donc un potentiel considérable de production de contenus locaux. La diplomatie numérique pourrait s'appuyer sur cette diversité.
Un pays qui veut maîtriser son récit doit pouvoir compter sur des médias professionnels, mais également sur des citoyens capables de documenter leur environnement.
Des médias aux citoyens : construire un écosystème de contenus
Les médias burkinabè ont évidemment un rôle central à jouer. Ils disposent d'une expertise éditoriale, de capacités de vérification de l'information et d'une expérience dans la production journalistique. Mais ils ne peuvent pas être les seuls producteurs du récit numérique national. L'enjeu est de construire un écosystème dans lequel médias, institutions, chercheurs, entreprises, créateurs et citoyens peuvent contribuer à la visibilité du Burkina Faso. Cela suppose notamment de développer des compétences en :
- rédaction Web ;
- production audiovisuelle ;
- storytelling ;
- vérification de l'information ;
- référencement naturel ;
- podcast ;
- photographie numérique ;
- gestion des réseaux sociaux ;
- archivage et documentation numérique.
L'objectif n'est pas de demander à chaque citoyen de devenir journaliste ou diplomate. Il s'agit plutôt de permettre à chacun de mieux comprendre les outils numériques et de produire des contenus de qualité dans son domaine de compétence.
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Quelle stratégie pour une véritable diplomatie numérique burkinabè ?
La réflexion autour de la diplomatie numérique pourrait ainsi dépasser la seule question de la présence institutionnelle sur Internet. Une stratégie cohérente pourrait reposer sur plusieurs piliers.
- Premier pilier : produire davantage de contenus locaux.
Les réalités économiques, culturelles, scientifiques, sociales et territoriales du Burkina Faso doivent être davantage documentées.
- Deuxième pilier : renforcer les compétences numériques.
L'accès aux outils doit être accompagné d'une véritable éducation aux usages du numérique.
- Troisième pilier : développer les compétences éditoriales.
Produire du contenu ne consiste pas uniquement à publier. Il faut savoir raconter, contextualiser, vérifier et adapter son message aux différents formats numériques.
- Quatrième pilier : valoriser les expertises locales.
Les chercheurs, entrepreneurs, artistes, enseignants, professionnels et acteurs communautaires disposent d'une connaissance du pays qui mérite d'être davantage visible en ligne.
Cinquième pilier : penser le numérique comme un espace de mémoire.
Documenter aujourd'hui, c'est aussi transmettre demain.
Raconter le Burkina Faso est une responsabilité collective
La réflexion du Dr Cyriaque Paré sur la diplomatie numérique ouvre finalement une question qui dépasse les seuls médias.
En 2003, le défi était notamment de permettre au Burkina Faso de mieux informer sa diaspora grâce à Internet. En 2026, les outils ont changé d'échelle. La possibilité de produire et de diffuser de l'information est désormais entre les mains d'un nombre beaucoup plus important de citoyens.
Le défi est donc différent. Il ne suffit plus d'être présent sur Internet. Il faut être capable d'y produire son propre récit.
La diplomatie numérique ne se construira pas uniquement à travers les comptes officiels des institutions. Elle se construira aussi dans les articles des médias, les vidéos des créateurs, les recherches des universitaires, les initiatives des entrepreneurs et les témoignages des citoyens. La question essentielle devient alors : que voulons-nous laisser comme traces numériques du Burkina Faso ? Car Internet n'est pas seulement un espace où l'on consomme de l'information. C'est également un espace où une société raconte ce qu'elle est, ce qu'elle fait et ce qu'elle veut devenir.
Raconter le Burkina Faso sur Internet n'est donc plus seulement une question de communication. C'est aussi une question de culture numérique, de mémoire et de souveraineté narrative.
Marc Kévin BADO
Spécialiste des plateformes
numériques de communication


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